Test gravel | Mondraker Arid Carbon RR : l’âme d’un baroudeur
Par Olivier Béart -
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Même si la marque espagnole est présente dans le VTT cross-country depuis longtemps, Mondraker a plutôt une image orientée « gravity » (enduro/DH) et elle n’a surtout jamais produit le moindre vélo de route ou même à guidon courbé. Néanmoins, le gravel les titillait du côté d’Alicante et, après une première incursion dans cet univers avec le Dusty à assistance électrique, voici le premier « vrai » gravel de la marque, le Arid Carbon, que nous avons ici essayé dans sa version RR. Verdict :
Vu son passé et ses racines, on se doutait bien que le Mondraker Arid n’aurait rien d’un vélo de route à gros pneus. Pour développer son premier gravel, la marque espagnole a suivi un chemin un peu paradoxal, puisqu’elle l’a d’abord présenté en version électrique avec le Dusty (voir ici : Test nouveauté | Mondraker Dusty : qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse). Ce n’est que deux ans plus tard, fin 2024, qu’est sorti le Mondraker Arid que vous avez sous les yeux.
Partir d’un e-gravel pour en décliner ensuite une version sans assistance : clairement, cela a éveillé notre curiosité. Et vu que nous sommes habitués à ce que Mondraker nous sorte des vélos avec des personnalités atypiques, nous étions impatients de tester cet Arid que la marque présente de manière assez assumée comme un vélo pour partir à l’aventure, et avec lequel on n’hésitera pas à explorer des terrains variés, voire même très techniques.
Châssis
Proposé uniquement en carbone (pour l’instant), le Mondraker Arid reprend les lignes du Dusty presque trait pour trait. La filiation est donc assumée, mais quelques discrètes évolutions lui donnent un côté un peu plus racé que son homologue à assistance électrique : le tube diagonal et la douille de direction restent imposants, mais sont tout de même un peu plus fins que sur la version à assistance électrique.
Même si elle reste très similaire, la jonction entre les haubans et le tube de selle est, elle aussi, remaniée. C’était déjà une caractéristique importante du Dusty, et c’en est une aussi sur l’Arid. Cette partie du cadre particulièrement travaillée a été pensée pour offrir du confort malgré l’absence d’élément de suspension.
Sur le Dusty, plus lourd et posé au sol, nous avions été assez convaincus de l’efficacité, et Mondraker explique avoir retravaillé cette jonction pour préserver cette excellente filtration des vibrations, même si la vocation de l’Arid et son poids différent quelque peu du Dusty. Nous verrons plus loin ce qu’il en est concrètement sur le terrain.
L’absence d’assistance électrique a aussi dégagé de la place sur le vélo, dans le tube diagonal notamment (pas de batterie) et Mondraker l’a vite exploitée : l’Arid reçoit une boîte à gant, baptisée « Carry-On », qui va dans le sens de la vocation « baroudeur » que Mondraker a voulu donner à ce modèle.
A l’intérieur, on retrouve trois sacoches, fournies avec le vélo : une pour la chambre à air et les démonte-pneu, une autre pour une mini-pompe ou des cartouches CO2 et enfin une pour un multi-outils. Bien sûr, libre à chacun de les utiliser pour autre chose… ou de ne pas du tout les utiliser et de profiter de cet espace autrement. Concrètement, l’espace à l’intérieur du tube reste limité, et même si tout rentre, il faut s’armer d’un peu de patience pour bien mettre en place les différentes pochettes une fois remplies et réussir à fermer la trappe. Cette dernière est à fermeture latérale, ce qui est une bonne idée puisqu’elle reste toujours solidaire du vélo, mais cela ne permet pas d’appuyer sur le contenu qu’on a rangé dans le tube pour aider à fermer quand c’est bien rempli. Bref, l’idée est bonne et c’est agréable d’avoir cet espace de stockage pour rouler sans avoir le dos encombré, mais ça rentre « ric-rac » !
Heureusement, pour ceux qui ont vraiment besoin de beaucoup de stockage et/ou qui veulent voyager avec leur gravel, Mondraker a doté l’Arid de très nombreux points d’accroche pour de la bagagerie et pour trois porte-bidons.
Côté standards, l’Arid a un dégagement suffisant pour des pneus de 50 mm, un boîtier de pédalier T47 et des freins au standard Flatmount 160. Les passages internes rentrent par la douille de direction et sont ensuite guidés dans le cadre, la patte de dérailleur est au format UDH et le cadre n’est pas conçu pour les transmissions à double plateau : uniquement du mono-plateau.
Géométrie
Côté géométrie, la filiation entre les deux vélos est toujours là : même longueur de bases (425 mm), même angle de direction (70°) et même angle de tube de selle (74°) pour l’Arid et le Dusty. En revanche, les autres cotes diffèrent quelques peu mais l’esprit est bien le même : le Dusty était particulièrement long et sur l’Arid, Mondraker a modifié son échelle des tailles avec des S et M plus petits, l’arrivée d’un nouveau ML (que nous avons testé) et enfin des tailles L et XL un peu plus grandes. Avec ces changements, la marque espère toucher plus de monde sans rien changer à l’esprit qui anime sa famille gravel. A noter aussi que la longueur de la potence et la largeur du cintre évoluent en fonction de la taille du vélo.
Equipements
Nous avons testé le Mondraker Arid dans sa deuxième version la plus haut de gamme, baptisée RR. Proposée à 6499 €, elle se pare d’équipements qui sont, sur papier, dans la lignée de ce qu’on trouve chez beaucoup de concurrents à ce tarif.
Côté transmission, on a droit à un groupe électronique Sram Force AXS XPLR 12 vitesse avec pédalier carbone, plateau de 40 dents et cassette 10/44. C’est du connu et de l’éprouvé, pas de surprise, ça fonctionne très bien ! Cerise sur le gâteau, on a droit au capteur de puissance intégré à l’axe de pédalier !
Les freins sont aussi issus du groupe Sram Force. Ce ne sont pas les plus puissants, mais nous n’avons ici rien eu à leur reprocher. Ils sont montés avec des disques de 160 mm à l’avant comme à l’arrière.
Du côté des roues, c’est Mavic qui est à la manœuvre, avec son modèle Allroad Pro Carbon SL. Sur le papier, elles semblent bien dans leur époque avec une hauteur de 42 mm, une largeur interne de 25 mm et un poids annoncé de 1550 g, mais nous verrons plus loin qu’elles ne nous ont pas convaincus sur le terrain et que le vélo ne s’est vraiment révélé qu’une fois que nous les avons remplacées par une autre paire de roues carbone que nous connaissons bien. Quant aux pneus, il s’agit des nouveaux Maxxis Reaver en 45 mm de largeur.
Enfin, du côté des périphériques, Mondraker a développé ses propres accessoires avec la marque OnOff. La potence en alu intègre les câbles et gaines provenant du cintre en carbone, ici proposé en 460 mm de largeur sur la taille M/L. S’il est agréable à l’œil, ce cintre nous a moins convaincus par son ergonomie. Il nous a semblé trop droit sur sa partie haute, et pareil pour la position mains en bas qui casse un peu les poignets. Par contre, nous avons bien apprécié la tige de selle, qui a une conception qui rappelle celle des haubans du vélo, avec une sorte de lame qui apporte sa pierre à l’édifice pour dissiper les vibrations… et ça a l’air de bien fonctionner ! La selle provient quant à elle de chez Fizik.
Versions et tarifs
La gamme Mondraker Arid est composée de quatre modèles :
- Arid Carbon RR SL, 9499 € : groupe Sram Red XPLR AXS 1×13, roues Zipp 303 XPLR SW, pneus Goodyear XPLR 700×45, périphériques OnOff et Fizik.
- Arid Carbon RR, 6499 € : groupe Sram Force XPLR AXS 1×12, roues Mavic Allroad Pro Carbon SL, pneus Maxxis Reaver 700×45, périphériques OnOff et Fizik (version testée ici).
- Arid Carbon R, 4499 € : groupe Sram Rival XPLR AXS, roues Mavic Allroad SL, pneus Maxxis Reaver 700×45, périphériques OnOff et Fizik.
- Arid Carbon, 3199 € : groupe Shimano GRX 610/820, roues MAvic Allroad, pneus Maxxis Reaver 700×45, périphériques OnOff et Fizik.
- Le kit cadre sera aussi disponible au tarif de 1999 €, pour celles et ceux qui envisageraient un montage personnalisé.
Mondraker Arid Carbon RR : le test terrain
Après avoir roulé sur plusieurs gravel orientés « racing » ces derniers temps, on sent directement qu’on est placé dans une position plus droite et plus orientée confort et/ou aisance dans les parties techniques que vraiment pensée pour l’aérodynamisme ou le rendement pur. Cela dit, cette impression d’équilibre entre les appuis, qui rappelle un peu celle d’un VTT, est plutôt agréable et devrait convenir à beaucoup d’amateurs de gravel, sauf peut-être pour ceux qui voient le gravel comme un dérivé du vélo de route ou qui veulent se qualifier pour les prochains mondiaux de la discipline.
A l’accélération, c’est très linéaire. Vraiment très linéaire… et, chose plus étonnante, on sent qu’on a aussi du mal à garder sa vitesse sur le plat. Le Mondraker Arid semble manger pas mal d’énergie, et nous n’avions jamais vraiment ressenti cela avant sur un gravel, même orienté aventure (ou alors sur des modèles entrée de gamme). Bizarre.
Assez rapidement, nos soupçons se portent vers le train roulant. Pour en avoir le cœur net, on sort une paire de roues haut de gamme testée récemment et que nous avions adorée, les Duke Baccara WRX Aero 42 (voir notre test ici : Test | Roues gravel Duke Baccara WRX Aero 42 SLR2 : une autre vision de l’aéro). Et là : miracle !
Tout à coup, avec cette nouvelle paire de roues, le Mondraker Arid RR semble prendre vie ! Sans être celles d’un gravel race, les accélérations deviennent nettement plus tranchantes et surtout, on avance enfin vraiment vite sur le plat ! Il n’y a que dans les ascensions roulantes où il nous a semblé rester un poil en retrait… mais comme nous allons le voir juste après, il prend une sacrée revanche dès que ça devient technique et cassant.
Bref, pour clore ce chapitre, il semble qu’il y ait eu une erreur de casting avec les roues Mavic AllRoad Pro Carbon SL (et peut-être aussi les pneus Maxxis, mais on a un doute), qui semblent particulièrement inertes et qui se montrent aussi très raides dans les parties techniques, ce qui ne permet pas de profiter pleinement des qualités de filtration du cadre. On vous conseillera donc soit de partir sur la version la plus haut de gamme équipée de roues Zipp, ou sur la version en dessous (tout de même 2000 € moins chère) en réservant les économies réalisées à l’achat d’une super paire de roues, voire de partir sur un montage à partir du cadre seul.
Car le Mondraker Arid a de vrais talents : dès que les trails deviennent cassants, il se montre absolument impérial ! Le confort est digne des meilleurs vélos de gravel que nous ayons essayés, y compris ceux équipés de systèmes avec élastomères pour dissiper les vibrations. Chose qui mérite d’être soulignée car ce n’est pas toujours le cas, la fourche et la partie avant du vélo sont au diapason et on ne sent pas plus l’avant taper sur les gros impacts que l’arrière.
Tout cela donne énormément de confiance quand on pilote le Mondraker Arid, qui est sans conteste un des gravel les plus funs et amusants à piloter dans le technique qu’il nous ait été donné d’essayer. Non seulement il met en confiance, ce qui incite à se lancer dans des défis parfois un peu fous et habituellement réservés aux VTT, mais en plus il procure énormément de plaisir de pilotage grâce à une excellente maniabilité qui permet de le piloter de manière précise et incisive.
Très à l’aise et jouissif à piloter dans les descentes, il est aussi très à l’aise dans les ascensions cassantes, où le grip de la roue arrière est surprenant, se rapprochant presque de celui d’un VTT grâce à un arrière qui gomme bien les impacts et à une position qui colle bien la roue arrière au sol, sans faire perdre l’adhérence à l’avant. On vous le disait plus haut, à défaut d’être le plus rapide dans les longues côtes roulantes, il se rattrape dès que c’est plus chaotique. Et il permet aussi de pédaler de longues heures avec aisance… pour peu qu’on ait pris soin de l’équiper d’une paire de roues à la hauteur de son potentiel.
Verdict
Si vous cherchez un vélo de route à gros pneus pour chasser le chrono sur des courses de gravel, passez votre chemin ! Ce n’est d’ailleurs pas du tout pour cela que Mondraker a pensé son Arid. Par contre, si vous cherchez un gravel plaisir, un baroudeur qui vous fait vous sentir en sécurité et qui vous donne un plaisir fou dans les sections techniques où il prend des airs de petit VTT, c’est un des vélos les plus intéressants et agréables qu’il nous ait été donné de rouler pour ce type de programme ! Son confort est aussi tout à fait remarquable. Il lui faudra par contre absolument une bonne paire de roues haut de gamme pour révéler ses talents au niveau rendement et pour ne pas se trainer dans les portions roulantes. Mais une fois bien chaussé, il pourra également vous surprendre dans les portions plus rapides.
Mondraker Arid Carbon RR
6499 €
8,8kg
- Confort et dissipation des vibrations
- Joueur et met bien en confiance dans le technique
- Espaces de stockage et de fixation de bagagerie
- Ergonomie du cintre perfectible
- Roues Mavic Allroad qui brident le vélo
Évaluation des testeurs
- Prix d'excellence
- Favori
- Qualité / prix
Plus d’informations : mondraker.com