Nouveau Pivot Firebird 2025 | Dans les coulisses de Pivot Cycles
Par Paul Humbert -

À l’occasion du lancement du nouveau VTT d’enduro de chez Pivot, le Firebird, nous sommes allés pousser la porte de l’entreprise en Arizona. Avec le fondateur de la marque, Chris Cocalis, nous avons découvert les coulisses du développement avant de quitter le désert et de retrouver Morgane Charre au guidon du nouveau Firebird.
Créée en 2007, Pivot s’est installée rapidement dans le paysage des marques VTT haut de gamme proposant des produits pointus. Sur les paddocks de coupe du monde et en magasin, la marque tutoie les autres grands noms américains du marché : Specialized, Santa Cruz, Trek, Yeti… Aujourd’hui, l’entreprise basée en Arizona propose une gamme complète de VTT, VTTAE et vient de relancer un gravel à l’esprit très off-road.
Si l’identité du créateur d’une marque permet de comprendre l’histoire de celle-ci, dans ce cas de Pivot, c’est également son actualité et son avenir qui sont définis par Chris Cocalis. Pionnier du sport, il impulse ses idées depuis plus de 35 ans.
En version accélérée, Chris a commencé par le BMX, travaillé en magasin, construit ses premiers cadres, co-fondé la marque Titus Cycles puis lancé Pivot Cycles.
Au cours de sa carrière, il a également pris part au développement du boitier Pressfit avec Shimano, et poussé pour la création des premiers jeux de direction intégrés.
Avec Pivot, c’est la suspension du vélo dans son ensemble qui a donné une direction à son travail : trouver les cinématiques et les solutions techniques optimales pour proposer les vélos les plus performants possible.
Même si cette page d’histoire semble déjà écrite, elle est toujours bien vivante et nous avons pu en faire l’expérience en rencontrant Chris. Aujourd’hui, rares sont les grandes marques du cycle à être encore pilotées par un ingénieur et spécialiste du vélo. Chez Pivot, on sent la différence dans l’intérêt porté aux infrastructures R&D et au contrôle qualité, mais nous y reviendrons.
Le plus dur dans cette visite aura été de stopper Chris dans ses explications quand celui-ci développe les raisons qui l’ont poussé vers certains choix techniques.
Le Pivot Firebird
Notre visite tombait bien. Les premiers exemplaires du tout nouveau Pivot Firebird venaient d’arriver à Tempe, en Arizona, en provenance de l’usine de Pivot à Taïwan. L’occasion était trop belle pour ne pas vous en parler. La visite commence dans le hall de l’usine qui accueille Pivot, à Tempe, juste à côté de Phoenix et aux portes du désert de Sonora. Ici, on peut venir tester les derniers modèles de la marque, mais pour nous direction le studio photo, où tous les montages de vélos sont assemblés puis shootés par des équipes de la marque.
Le Firebird, c’est le gros VTT d’enduro de la marque américaine. Le Switchblade a longtemps eu la casquette de vélo all-mountain/enduro polyvalent, mais la recherche d’un engagement plus poussé et de capacités décuplées pour la compétition auront donné naissance au premier Firebird en 2018. Le vélo aura ensuite eu droit à une grosse refonte en 2022 .
C’est cette dernière génération de vélo qui est la plus intéressante puisqu’elle sert de base solide pour la conception de ce nouveau Firebird 2025. La marque n’avait pas l’intention d’aller ajouter du débattement ou de changer radicalement le vélo. L’objectif était d’améliorer tout ce qui pouvait l’être, tout en ajoutant plus de libertés d’ajustements.
Pour Morgane Charre, de l’équipe Pivot Factory Racing, « Je recherche un vélo qui pédale bien. En compétition, on fait de longues journées et on a besoin d’un vélo dynamique dans les relances. En même temps, il nous faut un vélo qui fonctionne dans le défoncé, avec du débattement pour les pistes raides avec des cailloux.»
« Il faut garder un côté joueur et facile à placer dans les virages ou pour les spéciales un peu plus plates. J’aime sentir le vélo qui me répond et me donne envie de pousser plus fort, mais j’aime également l’oublier dans un passage technique. Je n’ai pas à réfléchir et le vélo va là où je veux. On veut toujours le meilleur des deux mondes ».
Toutefois, la marque n’a pas choisi la facilité, puisque c’est un prototype complet qui a été recréé pour travailler sur cette nouvelle version. C’est en Arizona que Pivot les conçoit avec des blocs d’aluminium usinés et des pièces en carbone maison. L’objectif est de valider les choix techniques de géométrie, de cinématique, mais également de rigidité.
Tout est conçu à la main, dans l’atelier de Tempe. C’est un véritable travail de titan que de réaliser de tels prototypes, après une phase d’impression 3D. Il faut usiner, mettre en forme les pièces en carbone, assembler le tout. Devant un tel travail d’orfèvre, l’équipe Pivot nous a gentiment proposé de faire un tour sur le parking. On aurait pu vous en dire un peu plus, mais nous avons cassé la chaîne du vélo au premier coup de pédale. On s’excuse platement auprès de Pivot, et on repart dans notre découverte du vélo :
Géométrie
Le nouveau Firebird ne change pas du tout au tout, mais de petites évolutions de géométrie sont réalisées, avec un tube de selle un petit peu plus droit, un tube supérieur plus bas et un boitier de pédalier 5 mm plus bas. Le débattement n’est pas modifié. On retrouve 165 mm à l’arrière et 170 mm à l’avant. La cinématique de suspension à point de pivot virtuel DW-Link ne change pas non plus radicalement, mais s’adapte aux nouvelles biellettes et à l’évolution générale du vélo.
Afin de maintenir des performances égales sur chaque taille de cadre, Pivot a adapté les niveaux de rigidité de chaque cadre sur l’ensemble de ses tailles.
Ajustements
Les véritables nouveautés arrivent quand il est question de personnalisation. Pivot ouvre grand les portes aux ajustements en fonction des préférences et du terrain. Une initiative qu’on salue, si on sait s’approprier et maîtriser ces réglages.
Il est possible de faire évoluer la longueur des bases de 8 mm pour stabiliser son vélo à haute vitesse, ou aller chercher un vélo plus nerveux et facile. Pour ce faire, Pivot a utilisé un brevet déposé lors de la conception d’un fatbike, son « Swinger dropout » qui permet de décaler légèrement la pièce côté transmission, et de rester compatible avec les pattes de dérailleurs universelles UDH ou les dérailleurs en monte directe (Sram T-Type). Côté disque, c’est plus simple et la marque utilise un flip-chip et un adaptateur de frein réversible.
Au-dessus de l’amortisseur, on retrouve le flip-chip du précédent Firedbird, qui permet une évolution légère de la géométrie (plus droite et facile ou plus basse et posée). Cette pièce conserve la même utilité, et si avant un montage mulet (roue de 27,5 derrière, 29 devant) était possible, il est aujourd’hui commercialisé en se reposant sur cette pièce qui permet, en position haute, d’équilibrer la géométrie avec une petite roue arrière.
Cinq tailles sont commercialisées désormais, du XS au XL, en 29 pouces ou en mulet. En XS, seul un montage mulet est proposé (mais la position « basse » du flip-chip reste utilisable pour un ajustement de géométrie).
Un autre flip-chip apparaît au pied de l’amortisseur, ce dernier permettant de proposer deux versions d’une même suspension. Plus progressive vers l’arrière, et plus linéaire vers l’avant. Pour Chris Cocalis, c’est une demande du marché qui rechercher des suspensions plus linéaires sur ce type de vélo, tout en accommodant les compétiteurs avec une suspension qui reste progressive dans la première position. C’est une nouveauté qu’on accueille avec plaisir. Le précédent Firebird était un excellent vélo, mais ce dernier restait exigeant par moment, et il fallait savoir le mettre en musique. Avec une position linéaire comme proposée sur ce nouveau vélo, le Firebird devrait devenir un petit peu plus sécurisant dans les portions défoncées quand on est moins en confiance.
La marque communique sur les valeurs suivantes :
- Réglage progressif 31,8% et réglage linéaire 26,9% (de 0 à 100% de débattement).
- Réglage progressif 15,6% et réglage linéaire 12,3% (de 30 à 90% de débattement).
Pivot fait de la place pour encore plus d’ajustements en dessinant un tube de direction de 56 mm. Ce dernier permet d’accueillir un potentiel jeu de direction ajustable, ou un ajusteur de reach (non vendu avec le vélo). La marque avance une compatibilité accrue avec toutes les morphologies et préférences, sur un éventail de cinq tailles associées à cette possibilité de réglage +/- 5 mm supplémentaire.
Du côté de Morgane Charre, après un hiver de test, la pilote a choisi la configuration suivante : roues 29 pouces, géométrie haute, amortisseur progressif et jeu de direction sans ajustement supplémentaire sur une taille S.
Du côté de Bernard Kerr, descendeur et à la tête de l’équipe Pivot Factory Racing, le passage en mulet est une évidence, afin de retrouver une cohérence avec son Phoenix de descente.
Toolshed : enfin une boîte à gant
Dans les grands noms du VTT, Pivot figurait parmi les dernières marques à ne pas proposer de « boîte à gant » sur ses vélos. On les voit désormais se décliner sur tous les vélos de la gamme, comme sur les Trailcat que nous avons récemment essayés.
La contrainte est de taille pour les ingénieurs. Une ouverture dans un cadre, c’est de la rigidité en moins, compensée par plus de carbone, et donc plus de poids, ainsi qu’une nécessité de revoir ses passages en interne et de créer un système de porte qui fonctionne. Mais du côté du rider, c’est une addition très appréciée pour partir le dos et l’esprit légers. Deux petits sacs permettent de glisser son matériel de réparation (ou ce que vous voulez) dans le cadre.
Pivot a également travaillé en collaboration avec Topeak pour proposer des accessoires de fixation pour les ports situés sous le top tube ou sous le boitier de pédalier. Ils sont disponibles en option et peuvent accueillir multi-outils et cartouches de CO2.
Passages en interne
Ils étaient perfectibles, car bruyants, sur la précédente version. Les passages internes sont revus. La marque a redessiné les capots de fixation de chaque côté du cadre (qui peuvent être remplacés par une pièce plate en cas de transmission électronique) et a repensé le cheminement des câbles qui viennent se clipser sur les bords de la porte de la boite à gant. La solution la plus « simple » et pour laquelle d’autres marques optent, c’est un routing complet, mais Pivot s’en détourne pour des questions de surpoids occasionné.
Chris Cocalis nous confiait le processus de travail à ce sujet pendant la visite : toutes les pièces en contact avec les câbles sont prototypées ou modélisées à l’aide des imprimantes 3D, puis mises en action, afin de s’assurer qu’aucun frottement ou mouvement apparaisse. Est-ce que tout ça est silencieux ? Réponse sur les sentiers.
Protection
Un vélo d’enduro, ça pédale, mais pas que ! Pour les amateurs de navettes ou de remontées en pick-up, la marque a conçu une nouvelle protection en caoutchouc qui se colle sous le tube inférieur et résiste aux frottements des bennes de pick-up.
Contrôle qualité et assemblage
De retour dans l’usine Pivot, on traverse la ligne d’assemblage dédiée aux montages des vélos vendus en Amérique du Nord. Elle est calme et semble bien organisée. Chris Cocalis nous explique que chaque opérateur maîtrise toutes les étapes d’assemblage d’un vélo, et que ce n’est pas un montage à la chaîne. Au maximum de ses capacités, Pivot peut monter 27 VTTAE en une journée. C’est peu, mais ça laisse le temps de se concentrer sur chaque montage.
Ce qui nous a le plus marqué lors de notre visite, c’est le passage du côté du contrôle qualité, où tous les cadres sont contrôlés. Pas d’échantillonage, en sortie d’usine, l’ensemble de la production est vérifiée par un opérateur. On retrouve les contrôles de tolérance au niveau des ouvertures, des pas de vis, mais également de l’alignement.
C’est le seul point que nous n’avons pas pu filmer/photographier : Pivot utilise un montage pour un contrôle au laser de l’alignement de ses pièces. Chris Cocalis l’explique. Il fait des choix qui peuvent exposer ses pièces à des contraintes : le montage des roulements, l’utilisation de boitiers pressfit, les amortisseurs en montage Trunnion. Seul le contrôle de l’alignement permet de garantir la durée de vie de ses produits, et c’est également ce qui explique, du moins en partie, le tarif haut de gamme des vélos Pivot.
Pour justifier ses tarifs, Pivot met également en avant son service de remplacement des roulements et sa garantie à vie.
La gamme VTT Pivot Firebird 2025
Trois modèles seront déclinés en trois couleurs par Pivot. Il faut compter entre 6999 € et 14199 € euros pour s’offrir un de ces vélos.
Sur certains montages, on retrouvera le nouvel amortisseur Fox Float X2, les suspensions électroniques Fox, ou encore un nouveau poste de pilotage signé Pivot.
Le Firebird est un vélo clé de la gamme, et l’arme pour gagner de l’équipe d’enduro. Le Firebird version 2022 a été un succès, et Pivot semble chercher à débloquer de nouvelles possibilités et de nouveaux riders, sans rien renier du travail effectué par le passé. Il ne nous reste plus qu’à grimper à son guidon pour découvrir ce que ce Firebird dernière génération a à offrir.
Plus d’infos sur le site de la marque : https://global.pivotcycles.com/en-zz/bikes/firebird